Pour une fois, je suis plutôt d'accord avec M. Kouchner. On assiste à une lâcheté générale dans les instances internationales sous prétexte de ne pas heurter un exécutif largement anti-démocratique. Il n'est plus l'heure de prendre des pincettes diplomatiques. Il faut passer à l'action. Les propos de M. Kouchner vont dans ce sens et je trouve cette position courageuse et pleine de bon sens.
Quand aux positions adverses, elles sont l'oeuvre de couilles molles en costume qui croient encore que des mots peuvent inciter la junte militaire à agir : c'est d'un pathétique rare !
Un article du journal 'Le Monde' daté du 15 Mai 2008
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DROIT INTERNATIONAL Bernard Kouchner propose d'étendre le " droit d'ingérence " aux catastrophes naturelles
Birmanie : vif débat sur la " Responsabilité de protéger "
Près de deux semaines après le passage du cyclone Nargis en Birmanie, qui aurait fait, selon certaines évaluations, 100 000 morts et deux millions de sinistrés, un vif débat agite les milieux diplomatiques et les spécialistes du droit humanitaire quant à la pertinence de l'invocation du concept de " Responsabilité de protéger " mis en avant par le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner. Alors que le ministre français voit dans ce concept le moyen de contraindre la junte birmane à ouvrir les frontières à l'assistance internationale, son interprétation est contestée.
Réunis à Bruxelles, mardi 13 mai, pour évoquer la situation en Birmanie, les ministres européens chargés du développement n'ont pas retenu l'idée, présentée par la France, d'appliquer à la situation des victimes du typhon Nargis la notion de " Responsabilité de protéger ", reconnue par l'ONU. Ils ont estimé que le moment n'était pas venu de brandir une telle menace, et jugé préférable de rassurer la Birmanie en insistant sur le caractère humanitaire de leur démarche. Ils ont appelé le régime birman à offrir aux travailleurs humanitaires " un accès libre et sans entrave ".
A l'ONU, l'approche de M. Kouchner est vivement critiquée par Edward Luck, le conseiller spécial du secrétaire général, Ban Ki-moon, pour la responsabilité de protéger. Le ministre français a causé " des dégâts considérables au sein de l'ONU " pour ceux qui tentent de " rallier les Etats membres " à ce concept naissant, a déclaré mardi M. Luck au Monde. Selon ce responsable, M. Kouchner n'a " pas rendu service à la cause " qu'il défend, en utilisant de manière " impropre " un concept prévu pour protéger les populations menacées des crimes les plus graves.
Le concept de " Responsabilité de protéger " avait été approuvé par l'Assemblée générale de l'ONU en 2005 pour faire face aux cas de " génocide, crimes de guerre, nettoyage ethnique et crimes contre l'humanité ". Le texte affirme que " c'est à chaque Etat qu'il incombe de protéger les populations " et prévoit l'invocation du chapitre VII de la Charte de l'ONU, qui peut autoriser l'usage de la force. Il ne fait nullement référence à des situations de catastrophes naturelles.
" INTERPRÉTATION EXTENSIVE "
M. Kouchner a certes " rendu service en attirant l'attention sur la tragédie birmane ", dit M. Luck, mais il a aussi donné une " application erronée " au concept, rendant " les choses plus difficiles " pour ceux qui tentent de convaincre les pays en développement que l'objectif n'est pas de leur imposer une vision occidentale interventionniste des droits de l'homme. " Nous essayons d'inspirer confiance dans ce concept, nous n'essayons pas de faire des gros titres ", dit Edward Luck.
Dans l'entourage de M. Kouchner, on précise que l'approche française se fonde sur " une interprétation extensive, et non littérale " du texte de l'ONU, " car ce que vivent les Birmans peut s'assimiler à un crime de masse. En Birmanie, les gens ne meurent plus du simple fait d'une catastrophe naturelle, mais d'un non-accès de l'aide résultant de décisions politiques " de la junte.
Selon l'un des architectes de la " Responsabilité de protéger ", l'ancien ministre australien des affaires étrangères Gareth Evans, aujourd'hui président de International Crisis Group, l'initiative française présente le risque de " miner dramatiquement le soutien international à la grande cause que constitue la lutte contre les atrocités de masse ". M. Evans a cependant estimé, dans un texte publié le 12 mai, que l'approche de M. Kouchner pouvait être plaidable " si le refus de procurer de l'aide à des centaines de milliers de personnes en danger réel et immédiat de mort peut être caractérisé comme un crime contre l'humanité ". Un point qui, selon lui, peut être abondamment débattu par les juristes.
M. Evans, comme le fait l'entourage de M. Kouchner, se réfère en outre au rapport rendu en 2001 par la Commission internationale de l'intervention et de la souveraineté des Etats, qui, à l'initiative du Canada, avait codifié pour la première fois la " Responsabilité de protéger " - un concept que le ministre français a rapproché du " droit d'ingérence " qu'il défend depuis des années. Ce rapport évoquait la possibilité d'une intervention de la communauté internationale au cas où, face à une " catastrophe naturelle ou environnementale, l'Etat concerné refuserait, ou serait incapable, de faire face, ou de demander de l'aide, et un nombre significatif de vies seraient perdues ou menacées ". Mais ce passage n'a pas été repris dans le texte approuvé par l'ONU en 2005, et ne s'inscrit donc pas dans un corpus de droit international.
Aussi les organisations de défense des droits de l'homme sont-elles réticentes à invoquer la " Responsabilité de protéger " dans le cas de la Birmanie. Amnesty International préfère se référer aux obligations contractées par la Birmanie au titre d'Etat partie à la Convention relative aux droits de l'enfant et signataire de l'accord de 2005 de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) sur la " gestion des catastrophes et l'assistance d'urgence ". )
Natalie Nougayrède, Philippe Bolopion (à New York) et Thomas Ferenczi (à Bruxelles