Décidément, la démocratie n'est pas le fort de la Russie, ça on le savait... Ce que l'on savait moins, c'est qu'elle se faisait fort d'imposer son régime anti-démocratique à son voisin Bielorusse, et, au vu de cet article, j'ai l'impression qu'ils ont bien retiendu la leçon (ouais, je sais, ça se dit pas retiendu, mais je dis ce que je veux sur mon blog !).
Un article du journal 'Le Monde' daté du 01/10/2008
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La Biélorussie rate son examen de passage démocratique, selon l'OSCE
Les élections législatives du 28 septembre ont été marquées par des fraudes, selon un rapport d'observateurs occidentaux. L'opposition dénonce l'influence de la Russie
MOSCOU CORRESPONDANTE
Décrites comme le premier pas vers un réchauffement des relations entre la Biélorussie, " dernière dictature en Europe " selon Washington, et l'Occident, les législatives biélorusses du 28 septembre n'ont pas abouti au résultat escompté. " Malgré des améliorations mineures, ces élections ne remplissent pas les critères de l'OSCE pour des élections démocratiques ", ont conclu les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dans un rapport rendu public lundi 29 septembre.
Avant tout, " les promesses d'assurer la transparence du comptage n'ont pas été remplies ", déplore l'OSCE. Dans la plupart des cas, les observateurs occidentaux n'ont pas été admis au dépouillement des bulletins. Dans 48 % des bureaux de vote visités, le comptage des voix était " mauvais ou très mauvais " et des cas " de falsification délibérée des résultats " ont été remarqués. A l'unisson de l'Europe, les Etats-Unis ont dénoncé un scrutin " bien éloigné des normes internationales ".
Au final, aucun des 70 candidats de l'opposition n'a été élu. Les 110 sièges du Parlement ont tous été remportés par le camp du président Alexandre Loukachenko qui, depuis 1994, dirige d'une main de fer cette petite république ex-soviétique, située entre l'Union européenne et la Russie.
Pour les autorités biélorusses, les élections se sont déroulées on ne peut plus normalement. A les entendre, les électeurs ont tout simplement préféré donner leurs voix aux représentants du pouvoir en place. " L'opposition n'est plus à la mode ", a très sérieusement expliqué à Minsk la présidente de la commission électorale centrale, Lidia Ermochina.
Les Européens espéraient que le déroulement du scrutin allait être plus transparent que les précédents. Le président Loukachenko avait fait quelques gestes en libérant des prisonniers politiques, en lâchant du lest aux opposants, autorisés à tenir des réunions publiques et à s'exprimer à la télévision.
Pour le " dernier dictateur en Europe ", avide d'obtenir une levée des sanctions imposées par l'Union européenne et les Etats-Unis, il était primordial, disait-on, d'organiser des élections présentables. Gagnés par l'optimisme occidental, les opposants s'étaient mis à y croire.
La chute est plutôt rude. Amère, l'opposition a qualifié le vote de " farce " et prié la communauté internationale de ne pas reconnaître les résultats. " C'est une défaite de l'Europe, une défaite de la diplomatie européenne, une défaite des hommes politiques européens qui prévoyaient déjà de faire des affaires ici ", a résumé le chef du Parti citoyen uni, Anatoli Lebedko. Pour Oleg Gousak, qui dirige à Minsk le Comité Helsinki, " la trêve démocratique est terminée ", la répression envers les opposants pourrait " redoubler d'intensité ".
En quête d'investissements pour moderniser une économie restée largement étatisée et inefficace, le président Loukachenko semblait miser sur un rapprochement avec l'Europe. Mais la Biélorussie, qui dépend entièrement de Moscou pour son approvisionnement en gaz et en pétrole ainsi que pour l'écoulement de sa production industrielle, ne peut se défaire de l'étreinte du voisin russe.
Les relations entre les deux pays se sont tendues depuis que Moscou a relevé les tarifs du gaz et du pétrole livrés à Minsk. Le fait que le président Loukachenko rechigne à reconnaître l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, les républiques séparatistes de Géorgie, reconnue le 28 août par la Russie, a été vécu comme un camouflet par le Kremlin.
Mais les choses sont en passe de changer. " Le fait que Minsk ne remplisse pas ses engagements envers les pays des occidentaux est dans l'intérêt de Moscou ", analyse M. Lebedko dans les colonnes du quotidien russe Vremia Novosteï, mardi 30 septembre. La visite de travail, impromptue, que le premier ministre Vladimir Poutine s'apprête à rendre à Minsk le 6 octobre va marquer ce tournant. Habile à caresser les Occidentaux dans le sens du poil tout en marchandant sa loyauté au Kremlin, Alexandre Loukachenko a choisi de se tourner vers la Russie. Qu'est-ce qui a motivé son choix ?
" Je n'exclus pas que Moscou ait fait une proposition à Minsk qui a réduit son intérêt envers le dialogue avec l'Occident ", avance Anatoli Lebedko. Le chef du Parti citoyen uni se dit convaincu que la visite de M. Poutine offrira l'occasion d'annoncer " l'octroi d'avantages financiers tels que des investissements, des accords sur les prix du gaz et du pétrole " pour Minsk. A ses yeux, " la Russie a été un acteur discret mais bien réel " des élections biélorusses.
Marie Jégo