Kerviel est devenu une star du Net ! Kerviel ? Mais si, souvenez vous, c'est ce connard qui a enculé son employeur en ayant détourné 5 Milliards d'Euros !
C'est devenu une star car il a une sorte d'étiquette d'anti-establishment qui lui colle à la peau : après tout celui qui a détourné 5 Milliards d'Euros des poches d'un banquier ne peut être qu'un héros !
Sauf que...
Sauf que Kerviel faisait partie de l'establishment. Quelques vérités bonnes à dire et à recadrer :
- Kerviel n'a jamais été 'Robin des bois'. Tout ce qu'il a engrengé comme bénéfices, il l'a toujours et d'abord fait pour lui, dans l'espoir de faire monter son bonus.
- Même si les 5 Milliards d'Euros perdus n'ont jamais été détournés à son profit, ils avaient avant tout pour but de gonfler son bonus, comme je l'ai déjà dit, mais aussi de montrer qu'il était aussi bon que ses collègues de salle de marché alors qu'il avait un cursus universitaire bien inférieur.
- Kerviel a toujours voulu tromper son monde. Il a beau jeu aujourd'hui de dire que les techniques de tromperie employées étaient de bas niveau, elles étaient néanmoins réelles ! Faute de la Société Générale il y a eu par le manque de mise en place de techniques de vérification, mais Kerviel a ouvertement abusé du système. Il doit donc être puni.
En conclusion, il ne mérite que mépris et dédain et absolument pas du statut d'icône anti-capitalistique qu'il a actuellement vis à vis de certains internautes.
Un article du journal 'Le Monde' daté du 28/02/2009
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Médiatrice Véronique Maurus
Kerviel, star du Net
Il arrive que des journalistes fassent des boulettes, qu'ils se laissent emporter par leurs opinions, qu'ils pèchent par négligence, complaisance, ou passivité - plus rarement par excès de zèle. Rien de tel dans l'enquête de Gérard Davet sur Jérôme Kerviel, publiée le 15 février sur une double page sous le titre " Mauvais joueur ". Elle a pourtant suscité des réactions exceptionnellement virulentes.
" Un tas de boue ", " nauséabond ", un article " honteux ", " insupportable ", " indigne du Monde ". Dans l'édition en ligne, les internautes, sous pseudonyme, ont rivalisé d'invectives, voire d'insinuations diffamatoires - " M. Davet a-t-il un découvert à la Société générale ? ", " Combien la Société générale a-t-elle dépensé en publicité dans le journal ? ", et le reste à l'avenant. Sur 136 réactions, c'est à peine si une vingtaine nuançait le propos.
Plus étonnant - et tout à fait inhabituel -, certains ont doublé leurs réactions de textes, signés cette fois, adressés au " Courrier des lecteurs " ou à la médiatrice. " J'ai réagi, il y a peu, sur le site du Monde.fr, à l'article "Mauvais joueur", écrit David Veldhuizen (Paris). Comme les autres, je suis choqué de ce procès à charge, contraire à toute déontologie. Les "faits" proviennent très clairement de fuites bien organisées par des personnes ayant intérêt à noircir un "présumé innocent". Il est quasiment impossible de croire que la Société générale n'ait pas "contribué" à sa rédaction. "
" Je ne peux que m'associer aux réactions des internautes après une "enquête" qui n'apprend rien et semble digne de magazines de salles d'attente, ajoute Jean-Luc Meurisse (Issy-Les-Moulineaux, Hauts-de-Seine). Vous avez récupéré les appréciations annuelles de la SG, les bandes enregistrées de conversations avec les traders, les PV d'auditions ; vous avez rencontré sa petite amie... mais pas Jérôme Kerviel lui-même. " Un troisième internaute s'associe à " l'énorme indignation " visible sur le site.
Plus classiques, mais non moins virulents, les commentaires de Christian Campagnie (Wasquehal, Nord), qui qualifie l'article de " réquisitoire assez immonde ", et se déclare " gêné de lire dans votre quotidien la fange déversée contre un homme quel qu'il soit ". Ou ceux de Jean Mathonnière (Paris), " scandalisé " par " le titre accrocheur, la référence à la petite amie, les extraits de courriels privés... "
Thomas Colin (courriel) argumente sur le fond : " Information principale : Kerviel était conscient que brasser des milliards n'est pas normal. Je ne crois pas que le trader soit soupçonné de démence ou de débilité. Un démenti (bien documenté) n'a donc aucune raison d'être, sauf s'il s'inscrit dans un argumentaire plus large, note-t-il. Des institutions externes ont remarqué quelque chose d'anormal et en ont informé la Société générale mais cette dernière ne voyait toujours rien. Comment est-ce possible ? Voilà une vraie question dont le traitement sérieux dévoilerait sans doute une histoire palpitante. "
Pourquoi tant de haine ? La première explication tient à la popularité du trader, hissé, depuis un an - avec l'aide de professionnels de la communication -, au rang de héros de la crise et de star du Net. En témoignent d'innombrables blogs, forums, fan-clubs, groupes de soutien. Un site lui dédie un jeu de l'oie, un autre le propose pour le " prix Nobel d'économie ", un troisième vend des tee-shirts ou des boxer-shorts siglés " I know... ", " I love Jérôme Kerviel ", " Free M. Kerviel ", etc. Une partie des réactions dérive-t-elle de l'un de ces groupes ? On y retrouve souvent les mêmes expressions et des arguments identiques - partialité, atteinte à la vie privée, influence de la Société générale...
La violence inaccoutumée des lecteurs s'explique aussi par deux malentendus. Le premier porte sur la présentation de l'enquête. Dans sa version imprimée, le papier de Gérard Davet était accompagné de deux articles annexes, clairement visibles dans la double page : l'un exposait la défense de Jérôme Kerviel devant les magistrats (" L'ex-trader dénonce la "complaisance" de ses supérieurs ") ; l'autre racontait la manière dont il avait été acculé par sa hiérarchie (" 19 janvier 2008, le jour où tout a basculé ").
Sur Internet, une lecture rapide, limitée à l'article principal, ne donnait donc qu'une version tronquée et déséquilibrée de l'enquête - d'où les reproches de partialité. Notons aussi que Le Monde a publié, depuis un an, une centaine d'articles sur l'affaire et signalé par ailleurs les responsabilités de la Société générale (condamnée à une forte amende pour défaillance de contrôle interne) ainsi que le licenciement d'une dizaine de collègues ou de supérieurs du trader.
Le second malentendu porte sur la nature même de l'article. Il ne s'agissait pas, contrairement à ce que beaucoup ont cru, d'une enquête de terrain - dans laquelle le reporter, après avoir rencontré des témoins, aurait réécrit l'histoire à sa manière -, mais d'une enquête d'investigation judiciaire, fondée sur le dossier constitué depuis un an par les juges.
Gérard Davet a eu accès à l'ensemble des pièces de procédure, qu'il a lues très soigneusement, " pendant deux semaines ", dit-il. Ce sont ces pièces qu'il livre au lecteur. " C'est une enquête sérieuse, de bonne foi. Il ne s'agit pas de prendre à partie l'un ou l'autre, ajoute-t-il. L'article est certes brutal. C'est le genre qui veut cela, c'est du journalisme judiciaire. "
Cet article dérange, mais il n'enfreint pas la déontologie. Les éléments de la vie privée qu'il cite figurent tous dans le dossier judiciaire. A ce titre, ils sont pertinents par rapport au sujet, sauf, peut-être, le passage, inutile, sur l'" amoureuse désemparée " du trader. " Le but, explique Gérard Davet, était, en l'attente des conclusions des juges, de donner les résultats de douze mois d'enquête. " Ils ne sont pas favorables au trader, c'est un fait. Notons enfin que le secret de l'instruction ne concerne pas les journalistes.
Il s'agit d'informations (non démenties), ni prémâchées ni mises en scène par un quelconque communicant. Les lecteurs nous reprochent souvent de manquer de recul vis-à-vis de ces derniers. Ne supporteraient-ils plus de lire les faits bruts ? Manque d'habitude, peut-être...
Médiatrice
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