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Mes pensées et idées pour un monde plus juste et plus beau.

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La rémunération des patrons.

Je vous laisse le soin de penser ce que vous voulez de cet article du journal 'Le Monde' qui est paru il y a tout juste un mois...

A bientôt ;)

******************************

Jean-Philippe Bouilloud :
" Des rémunérations sans rapport avec le risque encouru "

Les dirigeants tendent à justifier le niveau de leur rémunération par l'existence d'un " marché international ", sur lequel les entreprises françaises doivent attirer les meilleurs. Qu'en pensez-vous ?

Le problème posé par la rémunération des dirigeants est de savoir si cette rémunération représente un prix ou une valeur. Si la notion de valeur renvoie aux qualités intrinsèques d'une personne, celle de prix renvoie effectivement à un échange, à un marché. Celui-ci existe dans le cas des cadres dirigeants : directeur financier, directeur de recherche, des achats, etc. Les effectifs sont nombreux, la mobilité est forte et internationale, l'information sur les rémunérations existe, les comparaisons sont possibles. Mais ce n'est pas le cas pour la poignée de patrons de groupe : il n'y a pas de transparence et très peu de mobilité. Dans les pays développés, les grandes entreprises sont dirigées, à quelques exceptions près, par des nationaux. Sauf peut-être aux Etats-Unis, où les grosses sociétés sont suffisamment nombreuses et la fonction suffisamment volatile pour que les échanges soient nombreux, dire qu'il y a en France, ou même en Europe, un marché des patrons est tout simplement faux. Car leur désignation obéit aux lois des réseaux d'influence propres à chaque pays et pas à celles du marché. De plus, leur rémunération est déterminée par les conseils d'administration, et non, comme ce devrait être le cas sur un marché, par ceux qui paient, à savoir les actionnaires.

    CV

2004
Jean-Philippe Bouilloud, professeur à l'ESCP-EAP, est coauteur d'Argent : valeurs et sentiment (L'Harmattan,

coll. " Changement social ").

1999
Il devient codirecteur du Centre d'études et de recherches sociologiques, commun

à l'ESCP-EAP et au Laboratoire

de changement social

(université Paris-VII).

1990
Il entre au département stratégie, hommes

et organisations de l'ESCP-EAP.
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La rémunération n'est-elle pas alors gagée sur la valeur créée par les dirigeants au bénéfice des actionnaires ?

C'est en effet l'autre argument avancé par les patrons pour justifier leurs revenus : il pose la question de l'évaluation du travail du dirigeant. Mais, premièrement, un patron ne travaille jamais seul, mais avec des collaborateurs, qui préparent l'information et proposent des décisions. La responsabilité du dirigeant est d'arbitrer, mais il le fait en interaction avec son environnement. Rémunère-t-on alors cette valeur de coordination, d'arbitrage ? C'est difficile à dire. Il est en revanche plus clair que le fait d'assumer la responsabilité des décisions, portée par le seul patron, puisse avoir une valeur. D'autant que les occasions de mise en cause juridique de cette responsabilité se multiplient dans le monde des affaires.



Il s'agirait donc de couvrir un risque ?

En quelque sorte, mais il ne faudrait tout de même pas croire que c'est le salaire de la peur ! Surtout en France. Les ex-dirigeants d'Enron sont en prison, mais ceux du Crédit lyonnais n'ont guère eu de problèmes judiciaires. Il est difficile, aux Etats-Unis, de retrouver la confiance d'actionnaires après un échec, mais en France, on retourne tout simplement dans son corps d'origine. Et on ne risque pas de " class action ". Les rémunérations versées aux dirigeants n'ont en réalité guère de rapport avec le risque encouru. Il n'existe aucun fondement théorique, économique, organisationnel pour expliquer que la rémunération d'un patron soit tout à coup multipliée par 30 ou 50.



Peut-on dire que ces rémunérations ne sont pas légitimes ?

Il est incontestable que la fonction de dirigeant exige un sacrifice personnel énorme, un travail éreintant. Mais le problème vient du différentiel trop important entre la rémunération de cet effort et le salaire moyen de l'entreprise, ou même de son équipe de direction. Les salariés ont inévitablement le sentiment que leurs propres efforts contribuent à augmenter le salaire de leur patron, et non la valeur de l'entreprise. C'est un effet pervers dont les patrons peinent à se rendre compte, tant ils sont enfermés dans des logiques de comparaison entre pairs et dans des habitudes de " pas vu pas pris ", venues d'une époque où ces questions étaient encore frappées du sceau du secret, considérées comme strictement privées, et où il n'existait aucun contre-pouvoir. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Pour retrouver leur légitimité, les patrons doivent obtenir des rémunérations en continuité avec les autres postes de direction. Devenir patron est une progression de carrière comme une autre, qui mérite à ce titre une augmentation : cela, tout salarié peut l'entendre.

Propos recueillis par Antoine Reverchon

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