Monsieur Jean Caune, Professeur émérite d'université, conseiller municipal de Grenoble (Grenoble Citoyenneté) remet à plat quelques vérités sur Monsieur Carignon dans les colonnes du journal 'Le Monde' daté du 16/06/2007...
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BHL-Carignon, une étrange morale
Le soutien du philosophe à l'ancien maire de Grenoble heurte l'éthique politique et la dignité du débat public
L a lettre de soutien envoyée par Bernard-Henri Lévy à Alain Carignon aurait dû rester dans l'ordre du privé. Comme l'écrit Bernard-Henri Lévy : " Ce que j'ai à dire n'a peut-être aucune valeur dans ce débat électoral vu que je n'appartiens pas à la même famille politique que M. Carignon... "
La proximité amicale de Bernard-Henri Lévy et d'Alain Carignon, que ce dernier s'empresse d'utiliser dans le champ électoral, devient outil de propagande ; le témoignage privé se transforme en absolution. Ainsi Bernard-Henri Lévy se présente, dans sa lettre, comme témoin de moralité : " Il suffit, écrit-il, de le voir vivre depuis quelques années pour comprendre que ni lui ni son épouse n'ont tiré aucun bénéfice personnel de leurs décennies de vie politique. " Le droit d'ingérence, qu'il concerne les affaires internationales ou les affaires locales, implique le devoir d'enquête et d'information.
Non, Bernard-Henri Lévy, Alain Carignon n'a pas commis, comme d'autres hommes politiques, un détournement d'argent au bénéfice de son parti. Contrairement à ce que vous affirmez, ou à ce que M. Carignon vous a déclaré, ce dernier n'entre pas dans la catégorie dans laquelle vous le classez : " Celle des politiques qui, à l'époque, alors que les règles étaient floues, enfreignent la loi pour mieux financer leurs campagnes électorales. "
N'en déplaise à votre sentiment, il fait bien partie de ceux qui profitaient de leurs responsabilités d'élus pour s'enrichir, c'est, en tout cas, l'avis de la cour d'appel de Lyon qui l'a condamné. " M. Carignon n'a pas hésité à trahir la confiance que ses électeurs lui manifestaient, en monnayant le pouvoir qu'il tenait du suffrage universel, afin de bénéficier d'avantages matériels qui se sont élevés à 2 907 683 euros et de satisfaire ses ambitions personnelles ; il a ainsi commis l'acte le plus grave qui puisse être reproché à un élu " (09/07/1996).
Il ne s'agit pas de refaire le procès de M. Carignon, et comme vous l'écrivez : " Il a purgé sa peine et a retrouvé son éligibilité. " Rien n'interdit donc, sur un plan juridique, qu'il soit candidat à nouveau à des responsabilités électives. Rien, puisqu'il a, comme on dit, payé sa dette à la société. Mais a-t-il payé sa dette morale vis-à-vis de ses électeurs et des habitants de Grenoble ? Alain Carignon a toujours nié avant, pendant et après sa condamnation, pour corruption et subornation de témoins, qu'elle concernait des cadeaux et faveurs personnels offerts par les groupes Merlin et Lyonnaise des eaux, qui ont obtenu en échange, en 1989, la délégation du service des eaux de la ville à leur filiale commune créée pour l'occasion, la société Cogese.
Ce rappel de faits que M. Carignon cherche à faire oublier et que votre soutien tente d'occulter n'a rien à voir, comme vous le prétendez, avec une " instrumentalisation de son passé judiciaire ". Ce rappel relève d'un devoir d'information. Libre à M. Carignon de solliciter les voix des électeurs ; libre à ceux qui se déclarent ses amis de le soutenir. Savez-vous que, dans sa campagne interne, M. Carignon continue d'utiliser les mêmes méthodes que par le passé : menaces anonymes et affirmations mensongères contre ses adversaires ? La morale en politique ne se découpe pas. Les idées générales et généreuses que vous lui prêtez (le libéralisme ouvert, l'esprit européen, la dimension sociale...) ne justifient pas ses pratiques politiques, d'hier et d'aujourd'hui ; elles n'ont pas changé.
S'opposer au retour d'Alain Carignon ne relève pas d'un combat politique ordinaire : il ne s'agit pas, en l'occurrence d'une opposition à un programme, mais d'une position éthique, partagée par des élus de bords différents, qui cherchent à préserver la dignité de la vie politique. La morale, en politique, ne devrait-elle pas précéder le droit ?
Jean Caune
Professeur émérite d'université,
conseiller municipal de Grenoble
(Grenoble Citoyenneté)
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