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Mes pensées et idées pour un monde plus juste et plus beau.

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Sarko enterre la hache de guerre contre la BCE

Un article très intéressant du journal 'Le Monde' sur la guerre déclarée par Sarko contre la BCE, et qui n'aura pas lieu.

Article daté du 13 juin 2007...

Analyse
La guerre monétaire n'aura pas lieu, par Pierre-Antoine Delhommais
LE MONDE | 13.06.07 | 12h47  •  Mis à jour le 13.06.07 | 12h47
   
On espérait une belle bataille monétaire, un grand match Paris-Francfort, un duel au sommet entre Nicolas Sarkozy et Jean-Claude Trichet. Pendant la campagne présidentielle, le candidat de l'UMP n'avait cessé de s'en prendre à la politique de la Banque centrale européenne (BCE), accusée, en vrac, de brider la croissance, de saper les exportations, de détruire des emplois, d'accélérer les délocalisations, de menacer l'avenir industriel de l'Europe, de ruiner Airbus. M. Trichet, le président de la BCE, avait été une cible privilégiée de M. Sarkozy, au même titre que les nostalgiques de Mai 68 ou les partisans d'une régularisation massive des sans-papiers.


Mais une fois qu'il serait installé à l'Elysée, tout allait, c'était certain, changer. Le monde monétaire allait devenir meilleur, l'Europe, surtout, allait de nouveau faire entendre sa voix sur la scène internationale et bénéficier d'un environnement de taux d'intérêt et de change plus favorable à sa croissance. Mais, le 6 juin, la BCE a relevé d'un quart de point son principal taux directeur, qu'elle a porté de 3,75 % à 4 %. Sans s'attirer la moindre critique de la part du gouvernement français qui, pourtant, pouvait difficilement imaginer plus mauvais accueil de la part des banquiers de Francfort. Une quasi-provocation qui aurait dû, en toute logique, provoquer gémissements et hurlements à Paris. Mais rien de tout cela. Pas une seule remontrance, pas une seule objection ni même un seul commentaire.

Un silence absolu, dont s'est étonnée la rivale malheureuse de M. Sarkozy. Le geste de la BCE, a expliqué Mme Royal, qui "frappe de plein fouet l'industrie exportatrice et va entraîner une augmentation du coût de la dette publique, (...) mérite une réaction de la part des autorités françaises", en rappelant que M. Sarkozy "s'était engagé pendant la campagne à ne pas laisser la BCE décider de façon unilatérale d'une hausse des taux". Pas facile de comprendre ce brusque changement de ton, hier ultra-agressif, aujourd'hui hyper-conciliant, ce repli en rase campagne monétaire sans avoir livré le moindre combat.

L'attitude de M. Sarkozy a d'abord respecté une coutume politique nationale selon laquelle tout candidat à l'élection présidentielle espère gagner quelques voix en s'en prenant au symbole d'un pouvoir libéralo-monétariste jugé illégitime et antidémocratique, accusé d'être plus attentif aux désirs des marchés financiers qu'aux préoccupations des citoyens. En 1995, M. Trichet était gouverneur de la Banque de France lorsque sa politique du franc fort s'était retrouvée sous le feu croisé des candidats Chirac et Jospin.

Les attaques répétées de M. Sarkozy contre la BCE durant la campagne se sont inscrites dans cette étrange exception française, fondée sur l'idée que la monnaie doit être dans les mains du politique et qui considère que le banquier central est l'ennemi du peuple. A l'arrivée, les critiques de l'ex-candidat de la droite contre M. Trichet font figure de simples rodomontades qui se dégonflent très vite sous le principe de réalité. Comme M. Chirac avait vite remisé, une fois élu en 1995, son désir de rompre avec la stratégie suivie par la Banque de France, M. Sarkozy a rapidement renoncé à sa volonté d'en découdre avec la BCE.

La réalité est d'abord celle de l'isolement de Paris dans sa contestation de la politique mise en oeuvre par la BCE. La hausse des taux est considérée comme la bienvenue dans les autres pays de la zone euro, qui connaissent une croissance plus forte que la France. Et pour ces pays, qui ont presque tous réussi à vaincre le chômage de masse - ce qui favorise les revendications salariales -, la crainte de tensions inflationnistes l'emporte sur le manque à gagner en termes de croissance que ce resserrement monétaire peut présenter. M. Sarkozy a vite pris conscience qu'il était difficile à l'un des plus mauvais élèves économiques de la zone euro de chercher à imposer ses vues monétaires à ceux qui accumulent les bonnes notes.

Encore plus difficile quand Paris annonce des mesures fiscales dont le premier effet sera d'accroître le déficit, un dérapage pas du tout apprécié dans les autres capitales européennes où l'on fait l'effort de mener des politiques rigoureuses et douloureuses pour assainir les comptes publics. Si combatif qu'il prétende être, M. Sarkozy ne peut en même temps ouvrir le front monétaire et le front budgétaire, sauf à courir le risque de perdre sur les deux tableaux. Surtout, pour espérer obtenir l'indulgence, pour ses déficits, de ses partenaires européens, mais aussi de la Commission et de la BCE, il n'a pas d'autre choix que de faire la paix avec Francfort.

CONSENSUS DES ETATS

Le principe de réalité s'est, de la même façon, vite imposé en matière de taux de change. Pendant la campagne, Nicolas Sarkozy s'était enflammé contre l'euro fort. "Une monnaie trop chère, c'est un inconvénient, ce n'est pas un atout", avait-il lancé. Et il avait promis, en cas de victoire, de "déclencher une offensive diplomatique" pour affaiblir l'euro. "Je demande qu'on puisse faire avec la monnaie unique ce que les Américains font avec le dollar, les Japonais avec le yen et les Chinois avec le yuan, avait-il poursuivi. Est-ce trop demander que la BCE le fasse aussi en poussant l'euro à la baisse pour obtenir un cours de change plus raisonnable ?"

Au-delà des doutes sur l'existence de ce monde monétaire parfait dans lequel toutes les grandes devises internationales seraient simultanément faibles, une offensive diplomatique pour faire baisser l'euro supposerait un consensus des Etats de la zone euro dont personne ne voit très bien, aujourd'hui, comment il pourrait se dessiner. Elle impliquerait notamment le soutien d'une Allemagne que la vigueur de l'euro n'empêche pas de dégager des excédents commerciaux records, d'une Allemagne qui ne s'est jamais départie de son amour pour une monnaie forte, vue à la fois comme un rempart contre l'inflation et le meilleur moyen d'accroître la richesse du pays.

Pour affaiblir l'euro, il faudrait, paradoxalement, que le couple franco-allemand fonctionne de nouveau, que l'Europe soit unie et forte, dotée d'un gouvernement économique puissant et efficace capable de faire obtempérer la BCE mais aussi de discuter d'égal à égal avec les Etats-Unis et le Japon. L'euro, dans ces conditions, pourrait rester durablement fort, n'en déplaise au nouveau président. Et pour avoir ignoré, tout au long de la campagne électorale, ce principe de réalité, pour avoir cédé à une forme de démagogie anti-BCE, pour avoir annoncé la rupture sur le taux de change, M. Sarkozy a multiplié des promesses monétaires dont tout laisse aujourd'hui penser qu'il sera incapable de les tenir.
Pierre-Antoine Delhommais

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