L'emmerdant avec les politiques c'est qu'ils croient très souvent qu'ils ont la science infuse... Voilà donc notre Mister Sarko qui se prend pour un généticien reconnu et qui n'hésite pas à pondre des théories fumeuses sur le sujet, qui plus est, sans apporter la moindre preuve, le moindre écrit pouvant valider sa théorie...
De plus, il dit même qu'il veut débattre de la théorie ! Un comble ! Monsieur Sarkozy, dois-je vous rappeler que vous êtes avocat de formation et que, jusqu'à preuve du contraire, vous n'êtes pas généticien ? Axel Kahn, généticien renommé, a été outré par les paroles du politicien, et pour moi, y'a quand même de quoi...
Moi même, je vais faire pareil dorénavant : je vais aller à l'hopital universitaire du coin, je vais prendre entre 4 yeux (...eh, eh, c'est le cas de le dire...) un chirurgien spécialisé dans les yeux et je vais lui dire : "Tu sais, mon grand, ta méthode pour soigner la cataracte, n'est pas la bonne !". Le professeur va donc me poser la question : "Sauf votre respect mon petit bonhomme, tu as quoi comme formation, c'est quoi ton bagage pour affirmer cette proposition ?
- Je suis ingénieur Informaticien et je tiens un blog ! Et toc !
- Allez petit gars, prends ta pelle et ton sceau et va jouer les donneurs de leçon sur les forums Internet, mais moi, j'ai du boulot
- Attendez ! Je veux que l'on en DEBATTE !"
Je passerai pour un con et un imbécile ? Ben ouais, et que fait l'autre ? ;)
Un article du Monde pour remémorer cette affaire :
Nicolas Sarkozy réactive la querelle sur l'inné et l'acquis
Les déclarations du candidat de l'UMP à propos du caractère inné de la pédophilie et des tendances suicidaires ont provoqué un tollé dans la communauté scientifique
En révélant, dans un dialogue avec le philosophe Michel Onfray (Philosophie Magazine, avril 2007), ses convictions sur le caractère inné de la pédophilie et des tendances suicidaires, Nicolas Sarkozy ne s'est pas contenté de faire réagir ses principaux adversaires politiques. Il s'est aussi attiré l'opprobre des biologistes, qui soulignent le caractère dangereusement réducteur de ses propos. Réactivant au passage, et ce n'est sans doute pas innocent, la vieille querelle idéologique de l'inné et de l'acquis.
" J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable ", disait-il dans cet entretien. " J'ai avancé ces idées pour en débattre ", a-t-il plaidé par la suite. Mais pour la plupart des scientifiques, il n'y guère matière à débat.
Naître pédophile ? " Un non-sens ! ", s'exclame le généticien Axel Kahn, directeur de l'Institut Cochin. " Je ne connais personne qui ait jamais prétendu qu'on était pédophile de père en fils. Cela ne veut pas dire que la constitution et les gènes n'interviennent pas, peut-être, d'une manière que l'on ignore encore. Mais certainement pas sous la forme d'un déterminisme créant des familles de pédophiles. " Autrement dit : en aucun cas on ne peut " naître " pédophile.
Pour ce qui est du suicide, les choses sont plus subtiles. Il y a, c'est vrai, des familles dans lesquelles on se suicide plus que dans d'autres. Certaines maladies, telle la psychose maniaco-dépressive, ont une base génétique incontestable, et les états dépressifs constituent des prédispositions au suicide. En évoquant une " fragilité génétique ", M. Sarkozy n'énonce donc pas, en soi, une contrevérité. L'erreur consiste à présenter cette fragilité de terrain comme le seul élément à prendre en compte. La communauté scientifique s'accorde désormais à penser que la génétique, pour agir sur l'être humain et plus encore sur ses comportements, n'intervient que de façon très complexe, et en étroit rapport avec l'environnement.
" Tous les progrès actuels dans la connaissance des relations entre l'inné et l'acquis, la nature et la culture, montrent qu'il y a des interactions réciproques et continues entre les gènes et l'environnement, et que ce sont ces interactions qui participent à la construction progressive d'un enfant et d'une personne. Et le premier environnement dans les collectivités humaines, ce sont les autres ! ", précise le médecin biologiste Jean-Claude Ameisen, président du comité d'éthique de l'Inserm et membre du Comité consultatif national d'éthique.
C'est dire que l'identité et les comportements futurs d'une personne ne peuvent être inscrits dans ses gènes dès la conception, ni lisibles dès la naissance. Pas plus pour la pédophilie que pour la tendance au suicide. Ou que pour les troubles du comportement de l'enfant, dont le ministre de l'intérieur, s'appuyant sur une expertise hautement controversée de l'Inserm, avait préconisé le dépistage, dès l'âge de 3 ans, dans le cadre de son projet de prévention de la délinquance. Dans tous ces cas, " le préjugé répandu d'une causalité réductrice et unidimensionnelle n'est justifié par aucune donnée scientifique ", insiste M. Ameisen, en soulignant que " le principal danger de cette obsession de prédire est la stigmatisation : enfermer l'individu dans un destin figé à l'avance, et porter sur lui un regard qui sera source de souffrances ".
Inné, acquis : s'il est un domaine où la science devrait imposer une attitude prudente et modérée, c'est donc bien celui-ci. Pourquoi, dès lors, la persistance de cette tendance déterministe, qui prévaut notamment aux Etats-Unis, et qui accorde à l'hérédité une emprise dominante ? Du fait, essentiellement, du terreau idéologique sur laquelle elle s'est développée. Un terreau répandu en premier lieu par le sociologue Herbert Spencer, contemporain de Darwin et auteur du concept de " sélection des plus aptes ".
" L'idée très ancienne et très réductrice selon laquelle l'homme est essentiellement déterminé par ses gènes est bien en adéquation avec le discours d'un homme de droite, pour qui ce n'est pas à la société de régler les problèmes comportementaux des individus ", commente le généticien Bertrand Jordan, fondateur de la Génopole de Marseille. Une optique selon laquelle la société doit avant tout veiller à ne pas fausser le libre jeu de la concurrence en pénalisant les meilleurs pour aider les moins bons.
Mais une optique qui, au regard des connaissances actuelles, ne tient plus la route sur des bases scientifiques. Car " le monde vrai, constate M. Kahn, n'est pas constitué de gens qui sont constitutionnellement résistants à l'obésité, au cancer et aux malheurs de la vie ".
Pour ce chercheur, " se satisfaire d'une société qui ne soit propice à l'épanouissement que de quelques-uns et s'exonérer par avance de sa responsabilité quant aux accidents qui peuvent survenir chez les autres, ce n'est pas acceptable ".
La génétique traverse les débats de société et ne doit pas être invoquée à la légère en politique.
Catherine Vincent
Un petit cadeau à Sarko, un autre article très intéressant :
BIOLOGIE ÉPIGÉNÉTIQUE CHEZ LA POULE ET LE RAT
La réponse à un stress peut se transmettre entre générations
QUE FAIT une poule domestique (Gallus domesticus) soumise au stress ? Elle perd une part de ses capacités cognitives - en particulier celles qui ont trait à l'orientation. Surtout, selon des travaux de chercheurs suédois et norvégiens, publiés mercredi 11 avril dans PLoS One, elle transmet à sa descendance cette dégradation des facultés d'apprentissage. Les mécanismes qui sous-tendent ce phénomène intrigant demeurent à élucider.
Christina Lindqvist (université Linköping, Suède) et ses coauteurs ont soumis un groupe de gallinacés à des alternances imprévisibles et irrégulières entre lumière et obscurité. Un groupe témoin a été soumis aux mêmes conditions de claustration, mais dans une situation de stress moindre, avec des phases de douze heures de lumière succédant à douze heures d'obscurité. Conséquence : les animaux stressés sont moins performants que les autres pour trouver leur nourriture au terme d'un parcours complexe mis au point par les chercheurs.
La réponse au stress est aussi physiologique. Prélevées, l'hypophyse et l'hypothalamus - deux organes qui contrôlent la production d'hormones - des oiseaux ont montré des différences importantes entre les animaux témoins et les autres. Pas moins de 31 gènes sont ainsi sur-exprimés ou sous-exprimés (c'est-à-dire plus ou moins actifs) chez les bêtes soumises au stress. Autant de divergences que les scientifiques retrouvent, dans une certaine mesure, dans la descendance des volatiles. Et ce, bien que celle-ci n'ait eu aucun contact avec ses génitrices et qu'elle ait grandi dans un environnement " non stressant ". En sus, des conséquences collatérales ont été notées, comme une croissance plus rapide chez les rejetons des poules stressées...
Encore largement méconnus, les mécanismes biologiques qui permettent la transmission de la réponse à un stress sont, selon toute vraisemblance, de nature épigénétique. Aucune mutation génétique n'est alors enregistrée : c'est l'intensité de leur expression qui est altérée.
Ces travaux font écho à ceux de chercheurs américains, publiés le 26 mars dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) et portant, cette fois, sur la réponse de mammifères à un stress de nature chimique. Cette étude suggère que des rats dont l'un des arrière-grands-pères a été exposé à la vinclozoline (un fongicide) ont un succès reproductif inférieur à ceux dont aucun ascendant n'est entré en contact avec ce produit, interdit depuis peu en Europe. Là encore, la transmission à la descendance d'un caractère acquis en réponse à un stress s'effectue sans mutations.
Ces découvertes pourraient permettre d'expliquer l'adaptation rapide d'une espèce à un milieu. Elles pourraient justifier l'instauration d'études toxicologiques transgénérationelles.
Stéphane Foucart
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