Encore un éditorial. Alors, comme tous les éditoriaux, y'a à boire et à manger. Le discours d'un éditorialiste, par définition, doit alerter le lecteur sur le fait que ce n'est qu'un journaliste qui parle. Ici, pas de généticien, pas de scientifique mais seulement un journaliste rapportant les propos qu'il a pu comprendre des généticiens et scientifiques.
De plus, il y a une chose qui me frappe dans ces fait, sur le fond cette fois : pourquoi Sarkozy a-t-il voulu débattre avec un philosophe ? Ca y connait quoi un philosophe à la science ? Il aurait pu aussi débattre avec un éditorialiste ! ;)
Ok j'abuse...
Un éditorial du Monde d'avant l'élection présidentielle de Monsieur Nau :
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Analyse
De la génétique et du politique
Saura-t-on jamais si Nicolas Sarkozy avait prévu l'ampleur des conséquences de ses récents propos relatifs à l'inné et à l'acquis, qu'il s'agisse de pédophilie, de comportement suicidaire ou de cancer broncho-pulmonaire ? En acceptant, il y a quelques semaines, de débattre - place Beauvau, alors qu'il était encore ministre de l'intérieur - avec le philosophe Michel Onfray, le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle est-il tombé dans l'un de ces pièges qu'il prend curieusement goût à se tendre ?
M. Sarkozy et ses proches avaient-ils, au contraire, raisonnablement saisi l'opportunité qui s'offrait au candidat de la " rupture " : celle d'introduire une dimension inédite dans la campagne de l'élection présidentielle ? Une campagne où les questions essentielles soulevées par les avancées des sciences du vivant et par la réflexion bioéthique qui l'accompagne n'étaient pas abordées ?
L'essence même des propos tenus par le candidat de l'UMP fait désormais partie du domaine public. Il n'est toutefois pas inutile de rappeler que son échange avec le philosophe a été organisé par le mensuel Philosophie Magazine (no8, avril 2007). Michel Onfray et Nicolas Sarkozy avaient accepté de dialoguer devant un magnétophone et un photographe. Aucune chausse-trappe, donc. Les deux hommes échangeaient courtoisement de l'inné et de l'acquis face au marbre d'une auguste cheminée ministérielle.
M. Onfray nourrissait le feu rousseauiste : l'antique fatalité biologique devait s'évanouir et laisser la place à une forme de plasticité environnementale, à la fois sociale et historique. Pourquoi en vint-on à parler de la pédophilie ?
Parce que Nicolas Sarkozy a déclaré ceci : " J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. (...) Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupé ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense. "
Parler de la " part immense " de l'" inné " n'impose qu'une conséquence logique : la part de l'acquis - celle des " circonstances " - ne peut être alors que réduite, comme une quantité quasiment négligeable. Tout, ou presque, est écrit et le libre arbitre ne serait qu'un leurre.
Voici donc une bien vieille équation, source de mille controverses, qui, une nouvelle fois, se retrouve publiquement posée. Mais c'est aussi une équation dont les termes ne sont plus exactement ceux de jadis ; une nouvelle donne dont ni le candidat de l'UMP ni ses concurrents à l'élection présidentielle ne semblent avoir ni pris la mesure ni perçu les perspectives ouvertement eugénistes. On retrouve une logique entre les propos de l'ancien ministre de l'intérieur et sa récente volonté - en se fondant alors sur une expertise contestée, mais scientifique - d'organiser le dépistage collectif, dès l'âge de 3 ans, des troubles du comportement, dans le cadre de son projet de loi de lutte contre la délinquance.
La possibilité se faisait alors jour d'une organisation sociale démocratiquement fondée sur une correction biologique de toutes les formes de déviance. Un collectif de médecins et de soignants - réunis au sein de Pasde0deconduite - mena campagne contre ce projet, qui fut alors abandonné. Nicolas Sarkozy revient aujourd'hui à la charge, et ce même collectif a appelé, le 15 avril, à rejeter la " biologisation des comportements ".
DÉGÂTS DES DISCOURS RÉDUCTIONNISTES
Il n'en reste pas moins vrai que les propos du candidat de l'UMP à l'élection présidentielle désarçonnent les spécialistes de la génétique qui ont choisi de consacrer leur énergie et leur intelligence à décrypter en quoi l'inné - les gènes - peut expliquer le vivant présent mais aussi celui passé et celui qui sera ou non à venir.
On n'a sans doute pas assez mesuré les dégâts des discours réductionnistes autant que métaphoriques tenus avec de plus en plus de force dans la seconde partie du XXe siècle. Ces discours se faisaient l'écho de certitudes nourries d'espoirs démesurés. L'accès progressif au code génétique universel et au " Livre de la vie ", à la " logique du vivant " et aux thérapies géniques constituait autant de nouveaux eldorados. Une série d'entreprises informatiques internationales de séquençage du génome humain furent alors lancées.
Or, pour l'heure, il règne une forme de désenchantement. Le constat, encore bien mal accepté, est en effet cruel et inquiétant. Il est cruel pour tous ceux qui, grâce aux clefs de la génétique, espéraient forger de nouveaux outils permettant de traiter, de sauver, ceux touchés par une affection que l'on savait ne plus être due au seul hasard.
Et il est inquiétant pour ceux qui observent le creusement du fossé qui, en matière de génétique, sépare le diagnostic de la thérapeutique. C'est le cas de Didier Sicard, président du Comité national d'éthique, qui prend la mesure des conséquences d'une évolution qui conduit, si rien n'est fait, vers le développement d'un nouvel eugénisme : un eugénisme aujourd'hui démocratiquement accepté sinon, demain, collectivement réclamé.
Pour l'heure, ce constat est vivement combattu par les généticiens et les biologistes de la reproduction, les gynécologues obstétriciens et les échographistes obstétricaux qui oeuvrent ici en première ligne. Ces professionnels, se refusant à comprendre que ce constat n'est pas nourri par la volonté de remettre en cause la dépénalisation de l'avortement, ne veulent voir là qu'un combat d'arrière-garde.
En qualifiant d'" immense " la part de l'inné, M. Sarkozy tient, en ces temps de dépistage génétique triomphant, des propos essentiellement et dangereusement politiques. Postuler que des gènes expliquent le comportement des pédophiles, c'est immanquablement sous-entendre que ces gènes peuvent être identifiés avant l'implantation in utero d'embryons humains conçus in vitro.
Avec toutes les conséquences que l'on peut dès aujourd'hui imaginer et redouter.
Jean-Yves Nau
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